Acupuncture Moxibustion

☯️ L’acupuncture et la moxibustion

L’acupuncture et la moxibustion sont sans nul doute les méthodes de médecine chinoise les plus réputées en Occident. Elles consistent à insérer des aiguilles et à réchauffer certains points stratégiques du corps afin de favoriser un équilibre physiologique. Mais comment cela fonctionne-t-il ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais faire un rappel linguistique. Le terme Zhen Jiu (针灸) a été traduit en Occident par « acupuncture », mais en chinois il signifie : piquer et brûler. Sémantiquement, l’acupuncture est donc indissociable de la moxibustion. L’Occident a traduit cette méthode en laissant de côté la notion de brûler et de réchauffer, alors que le Ling Shu, au chapitre 7, l’expose clairement : « lorsque l’on n’arrive pas à traiter par l’aiguille, il convient d’employer la moxibustion. » J’explique en détail les techniques de moxibustion et les raisons de sa mise à l’écart en Occident dans un article dédié.

🔌 Comment ça marche ?

Cet article répond aux questions souvent posées par mes patients lors des séances au cabinet à Lausanne. Une question revient fréquemment : « Pouvez-vous m’expliquer ce que vous faites et comment l’acupuncture et la moxibustion agissent sur mon corps ? »

Difficile, en effet, d’y répondre sans entrer dans des considérations techniques et théoriques propres à la médecine chinoise.

Pour simplifier, on pourrait comparer le travail de l’acupuncteur à celui d’un standardiste des années 50. Dans certains films, on voit qu’un appel téléphonique passe par une centrale où un standardiste vous met en relation avec votre interlocuteur : il branche un câble sur un tableau et crée la connexion. D’une certaine manière, l’acupuncture fonctionne ainsi : elle crée des ponts entre les différentes parties du corps afin de favoriser un retour à l’équilibre. L’insertion d’une aiguille crée un mouvement dans le corps, et une réaction en chaîne s’ensuit.

⚖️ L’équilibre entre le Yin et le Yang

En médecine chinoise, on parle souvent de Yin et de Yang. Le Yin est la matière, le tangible ; le Yang est la fonction, l’énergie, l’intangible. Lorsqu’on parle de déséquilibre énergétique, on se réfère à ces deux termes. Le Yin et le Yang doivent être en équilibre pour que les processus physiologiques s’effectuent normalement.

🔥 Premier exemple : le Yang est en excès. Le Yang étant la fonction, la mise en mouvement, on peut dire qu’il y a un excès d’énergie. À terme, cet excès de fonction développe de la chaleur, qui consume les liquides organiques, le sang, le Yin en général. Le Yin, qui devrait tempérer le Yang, est affaibli et ne peut plus le retenir : le Yang s’élève et « brûle » vers le haut. Selon la médecine chinoise, ce déséquilibre peut se manifester par une insomnie, des maux de tête pulsatiles, des douleurs dentaires, des saignements de nez, une sinusite, des acouphènes, etc.

💧 Second exemple : le Yin est en excès. Le Yin, c’est la matière, le sang, les liquides organiques. Quand il est en excès, il étouffe la fonction, qui s’affaiblit. Apparaissent alors des signes de froid et d’accumulation.

⚠️ Ces symptômes peuvent avoir de nombreuses autres causes : un avis médical reste nécessaire, l’acupuncture intervenant en complément.

📍 L’acupuncture est particulièrement indiquée dans les situations de plénitude du Yin ou du Yang. Avec la technique de puncture en dispersion, on peut souvent favoriser un retour à l’équilibre et harmoniser l’organisme. Souvent, lorsqu’un aspect de la physiologie est excessif, un autre est déficient : l’énergie est présente mais mal répartie. Grâce aux liens qu’elle crée, l’acupuncture favorise la circulation de ces énergies.

🌿 Lorsqu’il s’agit de vide de Qi et de Yang, l’acupuncture seule est beaucoup moins efficace. C’est alors qu’on fait appel à la moxibustion. En réchauffant certains points, on cherche à soutenir une fonction physiologique amoindrie. La moxibustion a un double effet :

  • un effet local de chaleur et de détente, qui favorise la circulation du sang et des liquides organiques ;
  • un effet de réchauffement et de tonification du Qi et du Yang, puis, dans un second temps, une augmentation de la fonction dans les méridiens.

🍵 Lorsqu’on a affaire à un vide de Yin, l’équilibre est plus difficile à retrouver, car un nourrissement profond est nécessaire. On fait alors plutôt appel à la pharmacopée chinoise.

🛡️ Précautions : la moxibustion n’est pas pratiquée sur certaines zones (visage, peau lésée, abdomen et bas du dos pendant la grossesse) et demande une attention particulière en cas de diabète ou de sensibilité réduite à la chaleur.

👨‍⚕️ Mon expérience au cabinet

Pour ma part, j’utilise le moxa dans environ 30 % de mes séances. Je l’emploie surtout dans deux situations. La première, c’est le vide de Yang : lorsque l’énergie fait défaut, le moxa sur aiguille permet de réchauffer et de soutenir l’organisme en profondeur. La seconde, ce sont les douleurs tenaces dues à une forte obstruction du Qi : dans ce cas, j’ai plutôt recours aux cônes directs sur la peau, dont la chaleur pénètre et aide à remettre la circulation en mouvement.

Au cabinet, une pièce est entièrement dédiée au moxa, équipée d’un extracteur de fumée qui couvre toute la pièce. Il m’arrive aussi d’utiliser du moxa sans fumée, mais dans une moindre mesure : d’après mon expérience, le moxa avec fumée reste plus puissant.

🧭 Les différents styles d’acupuncture

L’acupuncture se décline sous différentes formes et styles. Selon les époques et les familles de médecins où ils se sont développés, ils s’appuient sur différents concepts. Voici les styles que j’emploie au cabinet d’acupuncture à Lausanne :

  • 🇨🇳 MTC : la branche la plus moderne de l’acupuncture pratiquée en Chine. Elle se base sur le diagnostic par les Zang-Fu (organes-entrailles) et se rapproche du diagnostic de la pharmacopée chinoise. Elle utilise beaucoup la moxibustion.
  • 🔄 Tan (Tan Wu Bian) : une branche dérivée de l’acupuncture Tung, qui utilise principalement le diagnostic par les méridiens et les 6 relations entre méridiens : 1. le grand méridien ; 2. Zang Fu Bie Tong ; 3. Biao-Li ; 4. midi-minuit ; 5. voisins Yin ; 6. le même méridien. Elle utilise le concept d’holographie et développe tout un système d’équilibrage entre méridiens.
  • 🗺️ Tung : l’acupuncture de la lignée familiale Tung. Elle n’utilise pas les mêmes points que l’acupuncture classique et considère les régions du corps comme des microsystèmes : chaque région comporte des points susceptibles d’agir sur l’ensemble du corps. Elle utilise beaucoup la saignée.
  • 🇰🇷 SaAm : une acupuncture coréenne, fondée sur la théorie des 5 mouvements et les cycles d’engendrement et de contrôle des organes. Je l’utilise beaucoup pour accompagner les difficultés émotionnelles.
  • 🇯🇵 Mukaino (M-Test) : développée par un médecin japonais, elle consiste en une série de tests et de mouvements du corps pour identifier les méridiens affectés. Elle se base principalement sur la théorie des 5 phases.
  • 🐢 Acupuncture abdominale : j’ai étudié la méthode du Dr Bo Zhiyun, développée en Chine dans les années 1990. Elle s’appuie sur l’image d’une tortue posée sur l’abdomen et centrée sur l’ombilic, qui renvoie au Luo Shu, aux 9 palais, aux 8 directions associées aux 8 trigrammes et à l’ensemble de la représentation cosmogonique de l’être humain.

❓ Questions fréquentes

🔥 La moxibustion brûle-t-elle la peau ?

Non, lorsqu’elle est pratiquée correctement. Le praticien contrôle la chaleur en permanence et retire le moxa dès qu’elle devient trop vive. On ressent une chaleur agréable et diffuse.

🪡 Quelle différence entre acupuncture et moxibustion ?

L’acupuncture stimule les points avec des aiguilles fines ; la moxibustion les réchauffe avec de l’armoise. Les deux sont souvent combinées dans une même séance.

😌 Les aiguilles font-elles mal ?

Les aiguilles sont très fines et à usage unique. On peut ressentir une légère sensation de piqûre, de lourdeur ou de picotement, généralement bien tolérée.

🧭 Quel style d’acupuncture est utilisé au cabinet ?

Le style est choisi selon votre situation : MTC, Tan, Tung, SaAm, Mukaino ou acupuncture abdominale, souvent combinés.

📅 Combien de séances faut-il prévoir ?

Cela dépend de la nature du trouble, de son ancienneté et de la personne. Un trouble récent, comme une douleur aiguë ou un blocage apparu depuis quelques jours, demande en général moins de séances qu’un trouble installé depuis des mois ou des années. Plus un déséquilibre est ancien, plus le corps a besoin de temps pour retrouver un nouvel équilibre, et le suivi s’inscrit alors sur plusieurs semaines. Au début, les séances sont plutôt rapprochées, puis elles s’espacent à mesure que l’état s’améliore. Un premier point est fait après 3 à 4 séances, pour évaluer l’évolution et ajuster le traitement ou orienter vers un autre professionnel si nécessaire.

Pour découvrir les troubles pour lesquels on consulte, voir que traite l’acupuncture.

Ignacio Lamas

Cabinet de médecine chinoise à Lausanne